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Salon Espace K : l’urgence de survivre

13 juillet 2021

Par Franceska Dion

Le monde s’est arrêté en mars 2020. Pour vous, moi et tout le monde autour. Élise Cabana, propriétaire du Salon Espace K, aussi n’a pas été épargnée.

Au lendemain de l’ordonnance de la fermeture des commerces et services non essentiels par le gouvernement, Élise, habitée par une indomptable urgence de survivre, s’est automatiquement mise en mode solution. Elle était prête à tout pour sauver son entreprise de la faillite.

Voici le récit inspirant d’un petit salon de coiffure de la Rive-Sud de Montréal qui s’est servi de sa créativité et de son agilité pour transformer une catastrophe en une opportunité d’affaires.

D’où provient l’idée d’avoir une boutique en ligne?

J’ai toujours eu envie d’avoir ma propre boutique en ligne. Mais le temps me manquait pour réaliser le projet. Puis du jour au lendemain, pouf!, pratiquement tout le Québec au complet s’est fait mettre sur pause, incluant mon salon.

Immédiatement, j’ai senti mon instinct de survie embarquer. Je me suis dit à moi-même : « Ce n’est pas vrai que mon entreprise va y passer. »

À quel moment as-tu décidé de mettre le projet en marche?

Le 17 mars 2020 à 00:01 tapant, je passais soudainement d’un horaire hyperchargé à un horaire pratiquement vide. En tant que salon de coiffure, la majorité de ton achalandage provient du trafic en magasin. Avec le salon maintenant fermé, je perdais toute possibilité de générer des revenus. Un vrai cauchemar.

C’est à ce moment que j’ai décidé de rediriger toutes mes énergies pour les canaliser dans le développement de ma boutique en ligne. C’était là ou jamais.  

Qui a participé à l’élaboration de ta boutique en ligne?

Je suis une vraie magasineuse. Pour être franche, je préfère de loin faire mes achats en ligne. J’avais donc déjà une bonne idée de l’expérience d’achat que je voulais offrir avec ma boutique en ligne. Ce qui me manquait toutefois, c’étaient les compétences informatiques pour l’élaborer moi-même. J’ai donc demandé de l’aide à quelqu’un de confiance.

Quel a été le principal enjeu associé au projet?

Je ne pouvais pas trop me permettre d’attendre. Mon salon emploie une vingtaine de personnes, et il était très important que ma boutique en ligne soit opérationnelle rapidement. Très rapidement, même.

On a donc élaboré une première version, puis on l’a mise en ligne. On s’est dits qu’on allait la moderniser et faire les autres ajustements nécessaires au fur et à mesure.

Comment s’est passée la transition vers le numérique?

La transition vers le numérique n’a pas été facile. Il faut dire qu’on partait d’un salon 100 % « physique » à un salon 100 % en ligne, du moins le temps du confinement.

Toute l’équipe a mis la main à la pâte pour assurer notre réussite, et c’était très beau à voir. Alex, mon partenaire chez Salon Espace K, et moi faisions tout nous-mêmes au début — la gestion des commandes, leur préparation et la personnalisation des envois (on met vraiment beaucoup d’énergie à les personnaliser). C’est même moi qui allais livrer directement les paquets chez les gens, imaginez-vous.

Quelles actions as-tu posées pour garantir une certaine forme de succès?

On s’est mis à diffuser chaque jour des publications sur nos réseaux sociaux et des tutoriels. On s’est aussi associés à des influenceurs comme Maïka Desnoyers et Mirianne Brulé pour gagner en visibilité et continuer à communiquer notre belle offre et notre expertise.

Ce partenariat nous a permis de faire la promotion du Salon Espace K, mais aussi celle de la Montérégie. Je pense qu’on a plus ou moins tous le réflexe de penser que tout ce qui est hot provient de Montréal, autant la mode, la bonne bouffe que les tendances, mais c’est faux.

Mon intention était de prouver que les régions aussi débordent de talents, qu’on n’a pas besoin de traverser le pont pour avoir un look tendance et urbain. Faut croire qu’on a réussi notre mission parce que notre salon fait maintenant partie du top 5 des meilleurs vendeurs de produits Kérastase au Canada, un exploit qu’on a accompli en un an seulement.

Comment ça se passe aujourd’hui?

Aujourd’hui, je peux me permettre de souffler un peu. La boutique en ligne fonctionne extrêmement bien et on est même bookés en salon jusqu’en octobre. Je n’aurais pas cru ça possible à pareille date l’an passé.

Mais le chemin a été très éprouvant par moment, autant physiquement que mentalement. Travailler 80 heures par semaine n’est pas facile pour personne, et c’est encore plus dur quand on est parent (je suis maman de deux beaux enfants).

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer comme toi?

Foncez! Je dis souvent que c’est le plus rapide qui mange le plus lent. Bien sûr, il faut planifier ses actions en affaires, mais il ne faut pas non plus s’enfarger dans une réflexion inutilement trop profonde. Il faut se fier à son feeling et être rapide d’exécution.

J’ai toujours cru en mon projet de boutique en ligne. J’y ai mis toutes mes énergies, tout mon temps, et aujourd’hui, mon équipe et moi on en récolte les fruits.

As-tu des ambitions pour les temps à venir?

Continuer à faire grossir notre boutique en ligne et satisfaire la clientèle en salon. Je veux aussi multiplier les collaborations avec les influenceurs et peut-être développer notre réseau dans le Canada anglais.

Je ne cherche pas à dominer le monde de la coiffure. Je cherche seulement à réaliser pleinement notre potentiel. Je pense qu’on est sur la bonne voie.

Un mot pour la fin?

J’invite les gens à venir vivre l’expérience Salon Espace K, que ce soit en ligne ou en salon. Je suis vraiment fière de ce qu’on a bâti, et je crois que vous allez tous grandement apprécier ce que notre « petit » salon de la Rive-Sud a à offrir.